Preuves du chameau

méduse

Auteur : Francesco Turano

Méduses printanières

S'il est vrai que depuis quelques années nous sommes habitués aux invasions massives de méduses, il est tout aussi vrai que certains phénomènes de la nature nous laissent toujours sans voix…

Ce matin, la mer arborait des teintes inhabituelles, et le soleil jouait à cache-cache derrière les derniers nuages ​​d'une tempête qui s'achevait. La lumière changeante faisait parfois apparaître des bandes violettes à la surface, ne laissant aucun doute sur la présence d'une nouvelle invasion massive de méduses lumineuses (ainsi nommées car elles sont légèrement bioluminescentes dans l'obscurité). Une légère brise soufflait encore à l'entrée du détroit, et depuis la plage de Scilla, il était impossible de dire si l'eau était claire ou non. Seule une plongée permettrait de le savoir. J'ai enfilé ma vieille combinaison étanche pour affronter les rigueurs de la saison – le printemps de la plongée – toujours très froide malgré la chaleur du soleil austral. J'ai chargé mes bouteilles sur l'épaule et me suis glissé dans l'eau, mon matériel photo à la main. Mais je me suis vite rendu compte que j'avais laissé mes gants dans une de mes palmes, sous un bras, prêts à être enfilés une fois dans l'eau. Pour éviter toute mauvaise surprise, avant de quitter le rivage, j'enfile mes palmes et mes gants et, nageant sur le dos, je commence à nager en surface vers le site de plongée. Soudain, je me retrouve englouti par une épaisse couche gélatineuse, si épaisse que je ne peux même pas mettre la tête sous l'eau…

Je vois des méduses partout, il y en a tellement ! Un spectacle unique, mais aussi un problème : il me faut trouver un endroit pour commencer ma plongée, un créneau horaire qui me permette de plonger sans me blesser gravement. De longs tentacules effrayants sont maintenant enroulés partout, sur les tuyaux du détendeur, sur tout…

J'essaie en vain de me frayer un chemin avec mes bras pour descendre de quelques mètres, mais malgré mes efforts, je parviens difficilement à franchir l'obstacle, testant inévitablement les cellules urticantes des méduses dans le seul espace libre dont dispose un plongeur : la zone autour de sa bouche et le petit espace entre son masque et la capuche de sa combinaison. Enfin, sous l'eau, j'atteins des eaux libres et je remonte vers la surface ; le spectacle est incroyable : des millions d'individus entassés en colonies si denses qu'ils bloquent la lumière. Il y a des méduses de toutes tailles, mais toutes de la même espèce : Pelagia noctiluca. En observant des méduses, surtout les urticantes, il ne faut surtout pas penser à la douleur ressentie au contact des cnidoblastes, ces cellules redoutables responsables des lésions cutanées…

Observer ces créatures extraordinaires me fait penser à la grandeur de la Nature : des êtres merveilleux, composés presque entièrement d'eau, aux formes, couleurs et mouvements si gracieux qu'ils ne lassent ni ne m'émerveillent jamais. Fascinée par les méduses depuis mes premières plongées, je ne me lasse jamais de les observer ni de les photographier. Je les contemple d'en bas, du fond vers la surface, les rayons du soleil filtrant à travers l'eau et traversant leurs corps gélatineux, révélant la silhouette transparente d'une structure unique dans le règne animal. Elles sont innombrables, et je peine à concevoir comment elles peuvent vivre si serrées les unes contre les autres. Je pense à la circulation urbaine, mais je me souviens alors que les méduses ne « voient » pas et ne perçoivent probablement pas ce que j'imagine, moi, l'humain. Les plus grandes sont roses ou fuchsia, avec diverses nuances intermédiaires ; les moyennes sont brun jaunâtre ; les plus petites sont brunes ou blanches. Certaines sont si petites qu'il est impossible de leur échapper lorsqu'on se fraye un chemin dans le liquide. On en trouve partout. Les adultes, quant à eux, possèdent des tentacules incroyablement longs, si longs qu'ils forment un filet mortel où, si l'on se fait prendre, on est piégé…

Mais la plongée touche à sa fin, et parmi une centaine de personnes dans un coin peu profond, je refais à peine à la surface, portant encore quelques méduses qui, une fois hors de l'eau, perdent toute leur élégance et leur charme extraordinaire. Observer ces méduses rejetées par la mer et ballottées par les vagues est presque triste, mais c'est leur triste destin, une étape de leur existence !
Les méduses méditerranéennes, comme on le sait désormais, ont la fâcheuse habitude d'arriver en masse, provoquant de véritables invasions. L'intervalle de temps entre deux invasions successives est appelé cycle, et son calcul est resté longtemps un mystère. Ces périodes, même aujourd'hui, demeurent largement imprévisibles quant à leur durée et leur intensité. La méduse bioluminescente, en particulier, présente un cycle plus ou moins prévisible, à tel point que Jacqueline Goy, professeure à l'Institut océanographique de Paris et considérée comme la seule femme experte mondiale en méduses, peut avancer une estimation de sa durée : environ 12 ans. En 1992, cette prédiction s'est avérée exacte, et en 2003, une nouvelle observation a confirmé la durée du cycle. Les travaux de la chercheuse française ont également conduit à une nouvelle découverte, révélant une structure parfaite et inattendue : des centaines, voire des milliers, d'yeux microscopiques répartis sur la carapace gélatineuse de la méduse. Étonnant…

Il ne nous reste plus qu'à attendre de comprendre, comme le prévoit la science, certains aspects de leur biologie, ou bien, tout simplement, à nous laisser guider par notre ignorance et à nous émerveiller du spectacle gratuit que nous offre la nature. Je me souviens, lorsque j'ai commencé la photographie sous-marine, de la première photo d'une méduse prise en lumière naturelle, sous la surface de l'eau : c'était en 1983, et à partir de ce jour, pendant plusieurs années, je n'ai plus revu de méduses, jusqu'au début des années 1990. Tout semble confirmer les théories sur les cycles d'invasion de ces cœlentérés. Mais que se passe-t-il cette année ? À peine trois ans se sont écoulés depuis 2003, et les méduses n'ont jamais cessé de fréquenter les côtes italiennes, avec des présences massives en 2004 et, surtout, en 2005. De plus, il semble qu'une nouvelle invasion importante soit en cours, une invasion inoubliable qui pourrait même compromettre la baignade.

Néanmoins, la fascination exercée par ces créatures mystérieuses, aux couleurs innombrables et aux teintes incroyables, certes dangereuses mais aussi sans défense (l'attaque étant leur seul espoir de survie), captive toujours le plongeur passionné. La rencontre avec certaines espèces de méduses sous l'eau est presque toujours une expérience inoubliable, et la Pelagia, en matière de spectacle, compte parmi les plus belles. Leurs mouvements lents et leurs pulsations permettent une observation sous-marine attentive et rapprochée, laissant au spectateur un voile de mystère et une intense curiosité.

Les méduses appartiennent à l'embranchement zoologique sans doute le mieux connu des plongeurs : les Cœlentérés ou Cnidaires. Ce groupe comprend trois classes, et la classe des méduses est appelée Scyphozoaires, ce qui signifie littéralement « animaux en forme de coupe ». Le terme Cnidaires provient de cellules particulières, les cnidoblastes, qui contiennent, comme mentionné précédemment, une structure urticante appelée nématocyste. Cette structure est constituée d'un filament enroulé qui est expulsé sous l'effet d'une stimulation mécanique ou chimique. Les méduses bioluminescentes possèdent ces cellules spéciales, réparties sur leurs tentacules de telle sorte que, dès que l'animal est touché, les nématocystes libèrent brusquement le filament, qui se loge dans sa malheureuse proie ou, plus rarement, dans la peau d'un nageur de passage. Chez l'homme, la sensation de brûlure est instantanée et intense, comparable à une véritable brûlure. D'où la haine particulière que les baigneurs nourrissent envers les méduses, qu'elles soient urticantes ou non. Pour beaucoup, le terme « Méduse » évoquera toujours cette terrible sensation de brûlure que plus ou moins tout le monde a éprouvée au moins une fois dans sa vie.

Le corps de la méduse Pelagia a la forme d'une cloche, appelée parapluie, avec une structure allongée sous-jacente, le manubrium, qui se divise souvent en de multiples bras et tentacules. Composées à 98 % d'eau, ces pauvres méduses s'affaissent et perdent leur forme une fois sorties de leur milieu naturel. Le parapluie renferme une structure gélatineuse, la mésoglée, qui leur permet de flotter et de se laisser porter par les vagues et les courants. La locomotion et les mouvements verticaux sont assurés par des faisceaux musculaires disposés le long du bord interne du parapluie ; ces muscles sont responsables des contractions rythmiques qui constituent le parapluie lui-même, un élément clé de l'attrait de ces créatures. La Pelagia noctiluca est plutôt petite (environ 10 cm de diamètre) et sa couleur varie du brun au rose ou au violet selon son âge ; ses tentacules sont si longs et fins qu'ils peuvent dépasser deux mètres de longueur. C'est pourquoi la présence d'une multitude de méduses forme un réseau dense et urticant redoutable.

Comme toutes les autres méduses, les méduses pélagiques sont des planctons (plus précisément, elles appartiennent à la catégorie du mégaplancton, c'est-à-dire des organismes de grande taille). Les animaux planctoniques sont incapables de résister significativement aux vagues ou aux courants océaniques et ont donc développé une série d'adaptations leur permettant une flottabilité maximale. La « parapluie » caractéristique des méduses, semblable à un parachute, n'est pas un hasard : elle représente une adaptation spécifique à leur mode de vie pélagique !

La reproduction des méduses C'est assez complexe, mais fascinant. Le cycle de vie comprend deux phases principales : la reproduction sexuée et la reproduction asexuée. Lors de la reproduction sexuée, la femelle libère des œufs qui sont ensuite fécondés par le mâle. Une nouvelle vie commence alors sous la forme d'une petite larve ciliée (planula) qui nage un certain temps en mer. La planula coule ensuite jusqu'au fond marin et s'y fixe ; elle se transforme alors en polype. Ce polype, appelé scyphostome, ressemble à une petite méduse inversée. C'est seulement à ce moment-là que commence la reproduction asexuée : le polype se divise transversalement, prenant l'apparence d'une « empilement de plaques ». Chaque plaque, appelée éphyre, se détache ensuite de l'organisme central et se retourne sur elle-même, devenant progressivement une méduse adulte.
Je compte profiter de ce printemps, saison des méduses, pour plonger à plusieurs reprises dans la mer du détroit de Charybde. Ici, les courants amènent d'importantes populations de ces cœlentérés qui errent en Méditerranée. Pour vivre l'un des phénomènes naturels les plus extraordinaires, qu'il soit modifié par l'homme ou non, il faut le voir. Il suffit de bien s'équiper d'une bonne combinaison et de plonger, en se faufilant au milieu du banc juste sous la surface. Que vous ayez un appareil photo, une caméra vidéo ou simplement vos yeux, les émotions et les sensations seront intenses.

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